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Les origines de la vie sur la Terre : entre déterminisme et contingence
S. Tirard
Centre François Viète d’histoire des sciences et des techniques (EA 1161 - Université de Nantes)
L’expression émergence de la vie sur la Terre est aujourd’hui couramment utilisée pour désigner les origines de la vie sur notre planète. Cette mobilisation du concept d’émergence par des spécialistes contemporains, scientifiques ou historiens, des origines de la vie, nous incite à nous interroger en tant qu’historien et épistémologue sur cette identification. Un regard rétrospectif nous permettra de comparer la périodisation, depuis un siècle et demi, de l’histoire des théories sur les origines de la vie et celle, proposée par Anne Fagot-Largeault, du concept d’émergence.
A la fin du XIXe siècle, l’émergence apparaît en effet comme une énigme, elle révèle les failles du mécanisme et souligne la difficulté que peuvent représenter les « points de contingence ». C’est précisément dans ce contexte que le problème des origines de la vie est reformulé, après l’abandon de la génération spontanée. Durant la première moitié du XXe siècle l’émergence apparaît comme « un fait de structuration » et concernant les origines de la vie, il s’agit précisément de la phase marquée par les hypothèses de Oparine, Haldane ou Bernal. Enfin, à partir des années 1950, s’ouvre l’ère des « processus analysables ». Ceci correspond à l’avènement et au développement de la chimie prébiotique, le problème global des origines de la vie est alors découpé en une multiplicité de problèmes localisés. En l’occurrence, c’est la biologie moléculaire, qui en déconstruisant le vivant fournit des objectifs, des jalons, que les synthèses prébiotiques tentent d’atteindre.
Cette comparaison servira de cadre à une analyse de la tension entre déterminisme et contingence dans les théories sur l’origine de la vie sur la Terre, cette tension relevant en fait de la nature historique de ce problème.
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